Dans le cadre de sa présidence du G20 en 2017, l’Allemagne a lancé une initiative à destination du continent, «Compact with Africa», qui a pour objectif de regrouper et de rationaliser les fonds existants pour mieux financer les infrastructures en Afrique. Jürgen Zattler, directeur général adjoint de la Politique multilatérale et européenne du BMZ (Bundesministerium für wirtschaftlifche Zuzammenarbeit und Entwicklung), nommé début mai représentant de l’Allemagne à la Banque mondiale à Washington nous explique les enjeux de cette initiative.

Quel est le rôle de l’Allemagne au sein de l’initiative du G20 « Compact with Africa » ?

Jürgen Zattler : Avec « Compact with Africa », nous souhaitons lancer un partenariat africain du G20 fondé sur trois piliers : investissement et financement privés, infrastructure de qualité, amélioration de la croissance économique inclusive et de l’emploi.

Le premier pilier est sans doute le plus intéressant, car il vise à établir des pactes d’investissement avec les pays africains souhaitant améliorer leurs cadres macroéconomiques et réglementaires. En termes d’infrastructures, nous avons besoin d’un bon cadre d’investissement afin d’identifier les projets susceptibles d’être financés, par exemple dans l’énergie et les énergies renouvelables – une priorité pour notre pays afin de renforcer les initiatives de l’Afrique en matière d’énergies renouvelables.

Le troisième pilier vise à stimuler l’emploi et la création de revenu en Afrique  de manière inclusive. Les jeunes Africains, les jeunes filles et les femmes ainsi que les réfugiés sont au cœur de ce pilier. L’émancipation des femmes et des jeunes filles ainsi que la promotion de leurs connaissances numériques pour qu’elles participent mieux au secteur formel et obtiennent des postes, est l’un des aspects spécifiques abordé lors du sommet Women20 avec la chancelière Angela Merkel au mois d’avril 2017.

Quels ont été les résultats obtenus à ce jour par l’initiative du G20 pour l’Afrique ?

L’idée du pacte d’investissement «Compact with Africa» a été adoptée par les ministres des finances du G20 réunis à Baden-Baden début avril 2017. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont effectué une proposition concernant le cadre réglementaire pour l’investissement. Ce document a également été adopté par les ministres des finances comme base pour les mesures à venir.

Une conférence supplémentaire s’est déroulée à Berlin en juin 2017. Certains pays africains partenaires ont déjà montré un vif intérêt. La Côte d’Ivoire, le Maroc, le Rwanda, le Sénégal, le Ghana et la Tunisie souhaiteraient participer, bien que rien n’ait encore été formalisé. Ces pays montrent une impulsion vers le développement et la croissance et sont en quelque sorte les champions de la réforme africaine.

Quelle est l’approche générale de votre ministère vis-à-vis du développement en Afrique ? Faites-vous une distinction claire entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne ?

Nous considérons de plus en plus le continent comme un tout et nous tenons à utiliser les initiatives africaines et panafricaines existantes comme point de référence. Par exemple : l’Agenda 2063 préparé par l’Union africaine (UA) et les négociations autour de la zone de libre-échange continentale (ZLEC). Ce projet, adopté en 2012 et programmé pour 2017, établira un marché continental unique pour les biens et les services, avec la libre circulation des hommes et femmes d’affaires comme des investissements, ouvrant ainsi la voie à une union douanière continentale. Son objectif est clairement d’accroître le commerce intra-africain et d’améliorer la compétitivité.

L’Union africaine est considérée comme l’un des moteurs les plus importants pour une coopération panafricaine plus étroite, mais nous devons garder à l’esprit qu’elle est actuellement engagée dans un processus de réformes ambitieuses qui immobilise des ressources. Néanmoins, l’UA connaît de bons résultats en matière de promotion d’une architecture de paix et de sécurité en Afrique. Le rapport Kagame sur la réforme de l’Union africaine recommandait en janvier dernier de se concentrer sur les initiatives essentielles concernant la gouvernance, la paix, la sécurité et l’intégration économique avec des accords de libre-échange. Nous soutenons cet objectif.

Il est également important de renforcer l’approche de l’Union européenne vis-à-vis du développement de l’Afrique afin d’obtenir une perspective panafricaine. Nous nous trouvons à la croisée des chemins. Il s’agit d’un moment décisif, car l’Union européenne est sur le point de redéfinir ses instruments pour le développement comme le Fonds de développement européen (FED), l’Accord post-Cotonou et l’éventuelle liaison de l’Afrique du Nord à celui-ci. Nous souhaitons aller au-delà de la perspective de l’Accord de partenariat économique Afrique, Caraïbes, Pacifique (APE-ACP), qui est un peu postcolonial, et fournir à l’Afrique du Nord un meilleur accès aux marchés de l’Union européenne.

Pourquoi pensez-vous que l’ACP est postcolonial ?

Cet instrument a été établi pour permettre l’accès libre sur le marché européen aux produits provenant des anciennes colonies dans les pays des Caraïbes, d’Afrique et du Pacifique, tous liés aux économies françaises, britanniques et portugaises. Aujourd’hui, le nouvel APE-ACP vise l’accès libre des produits européens dans toutes les économies, mais celles-ci ont atteint des niveaux de développement bien différents. Quel est le point commun entre les pays du Pacifique et l’Afrique du Sud, par exemple ? Tout cela semble un peu artificiel.

Pourquoi travaillez-vous avant tout et surtout avec l’Union africaine, largement critiquée pour son inaction, et pas avec la Banque africaine de développement (BAD) par exemple ?

Tous les pays africains sont membres de l’Union africaine. Elle a donc une grande légitimité pour parler au nom de l’ensemble du continent. L’Allemagne soutient avec vigueur une Union africaine forte. Cela ne signifie pas pour autant que nous ne coopérons pas avec d’autres institutions régionales.

La Banque africaine de développement est aussi une organisation panafricaine et est d’ailleurs l’un de nos partenaires les plus importants en Afrique. Ces deux institutions disposent de mandats différents, ce qui doit les inciter à travailler de manière complémentaire, et ce encore plus à l’avenir.

Disposez-vous de programmes de développement spécifiques avec les institutions africaines régionales, comme la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CÉDÉAO) ou la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE), ou traitez-vous strictement de manière bilatérale avec les pays ?

Nous traitons avec les institutions régionales, comme la Communauté de développement d’Afrique australe (CDAA) et la CAE, dont nous soutenons l’intégration commerciale. Cela conduit à se poser la question pour savoir comment les différentes initiatives d’intégration commerciale coexistent. Il serait bon de disposer d’une zone de libre-échange panafricaine à l’avenir. Avec cet objectif en tête, une intégration supplémentaire au niveau subrégional (par exemple au sein de l’Afrique de l’Ouest) serait un point de départ formidable. L’APE UE-Afrique doit être envisagé dans un tel contexte.

L’approche de l’Allemagne vis-à-vis du développement de l’Afrique est-elle différente de celle des anciennes puissances coloniales telles que la France ou le Royaume-Uni ?

Dans de nombreux pays d’Afrique, la France peut compter sur un réseau unique fondé sur une histoire commune, une langue commune et des liens politiques et économiques étroits. Cette relation particulière peut ouvrir des portes et faciliter les négociations, mais elle s’accompagne également de partialité et de fortes attentes du côté africain.

De mon point de vue et malgré notre propre passé colonial, l’histoire permet à l’Allemagne d’être plus facilement considérée comme un intermédiaire honnête, ce qui est particulièrement important dans le domaine de la coopération pour le développement.

Sur quels pays d’Afrique se concentre l’Aide publique au développement de l’Allemagne ?

Nous disposons de certains critères pour décider quels sont les pays avec lesquels nous souhaitons coopérer de manière plus intense. Tout d’abord, nous observons l’orientation du développement des pays partenaires potentiels ; nous évaluons régulièrement ces critères et suivons les progrès. Dans les pays africains qui ne semblent pas orientés vers le développement, nous travaillons davantage avec les ONG sur des projets spécifiques, souvent liés à l’environnement. Nous nous concentrons alors sur une action, comme la protection de la forêt équatoriale en Afrique centrale, sans couvrir le reste (infrastructures, réformes économiques, aide budgétaire, etc.).