C’est la conclusion des rapports publiés par l’économiste, écrivain et haut fonctionnaire français Jacques Attali et Ilyes Zouari, président du Centre d'étude et de réflexion sur le monde francophone (CERMF). 

Dans son rapport publié en 2014, intitulé « L’énorme potentiel économique de la Francophonie », Jacques Attali invitait la France à transformer l’Organisation internationale de la Francophonie en Union économique francophone, à l’image de l’Union économique européenne. Un autre rapport, plus récent, commis par le président du Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone, Ilyes Zouari, parcellise l’aide française au développement, sur le plan bilatéral et multilatéral.

On découvre que l’aide française à l’Estonie est de 128 millions d’euros, contre 115 millions d’euros en Tunisie ; celle affectée à la Pologne est de 1,86 milliard d’euros, contre 111 millions d’euros à la RD Congo. La France n’a consacré que 32% de ses aides relevant de la catégorie dite de l’Aide publique au développement (APD) à des pays francophones en 2016, selon l’OCDE.  C’est aux pays européens de l’Est que Paris consacre l’essentiel de ses budgets d’aide au développement, plutôt qu’aux pays francophones africains. Un choix à contre-courant des intérêts français, indique le rapport.

La France n’enregistre que 3,9% de parts de marché sur l’ensemble des pays européens de l’Est bénéficiaires de son aide, alors qu’elle dispose de parts supérieures dans les pays africains francophones (Tunisie : 15,4% ; Maroc : 13,2% ; Sénégal : 15,9% ; Niger : 28,3%).

L’Afrique francophone représente vingt-cinq pays regroupant 390 millions d’habitants. Pour l’auteur du rapport, "la politique étrangère de la France consiste à financer essentiellement des pays qui continuent à s’orienter systématiquement en premier vers l’Allemagne […] ce qui revient donc à subventionner l’économie allemande et ses industries. La célèbre expression travailler pour le roi de Prusse semble ainsi être la doctrine de la politique étrangère de la France".

Le rapport oppose la francophonie au Commonwealth, la France au Royaume-Uni. À l’inverse de Paris, Londres a réduit sa participation à l’aide multilatérale de l’Union européenne, en privilégiant son aide bilatérale, orientée sur les pays de sa zone linguistique.  Si la France consacre 32% de ses budgets APD aux pays francophones, Londres en consacre 58% aux pays du Commonwealth. Une dynamique que le Brexit devrait amplifier.