Un rapport semestriel de la Banque mondiale nommé "Africa’s Pulse", dont la dernière édition est parue le 3 octobre, rapporte que les économies de la sous-région continuent de se redresser, après avoir marqué le pas en 2015-2016, mais à un rythme plus lent que prévu. Le document propose aux Etats de diversifier les investissements pour créer des emplois et améliorer le rendement des entreprises ainsi que des travailleurs.

La croissance de l’Afrique subsaharienne sera plus lente que prévu, souligne "Africa’s Pulse" lancé mercredi à Washington. Ce ralentissement, explique le document, tient en partie à une conjoncture internationale moins favorable pour la région. Les échanges mondiaux et l’activité industrielle s’essoufflent, marqués par la chute des cours des métaux et des produits agricoles en raison des inquiétudes liées aux tarifs douaniers et à une demande plus incertaine.

S’il est vrai que les prix du pétrole devraient augmenter en 2019, ceux des métaux pourraient rester modérés du fait de la baisse de la demande, notamment en Chine, signale "Africa’s Pulse". Selon le document, les pressions exercées sur les marchés des capitaux se sont accentuées dans les économies émergentes et les inquiétudes concernant les dettes libellées en dollars se multiplient, avec la hausse de la valeur de la devise américaine.

Le ralentissement de la reprise en Afrique subsaharienne, de 0,4 point de moins que les prévisions du mois d’avril, à en croire le texte, s’explique par la modeste performance des trois plus grandes économies de la région. "Africa’s Pulse" montre que la baisse de la production pétrolière en Angola et au Nigeria a neutralisé la hausse des prix du pétrole et, en Afrique du Sud, la faible croissance de la consommation des ménages a été exacerbée par la contraction de l’activité agricole.

La dette publique toujours en hausse dans certains pays

Par ailleurs, la croissance dans le reste de la région a été stable. Plusieurs pays d’Afrique centrale, exportateurs de pétrole, ont bénéficié de la hausse des prix du pétrole et de l’augmentation de la production pétrolière. L’activité économique est restée solide dans les pays à forte croissance peu dotés en ressources naturelles, tels que la Côte d’Ivoire, le Kenya et le Rwanda, soutenue par la production agricole et les services, du côté de la production, et par la consommation des ménages et l’investissement public, du côté de la demande.

La dette publique est restée à un niveau élevé et continue d’augmenter dans certains pays. La viabilité de cette dette publique risque d’être compromise par l’affaiblissement des monnaies et la hausse des taux d’intérêt associée à la modification de la composition de la dette. Le rapport met également en garde contre les risques de dérapages budgétaires, de conflits et de chocs climatiques. « Il y a donc tout lieu de mettre en œuvre des politiques et des réformes susceptibles de renforcer la résilience des pays et de doper la croissance potentielle à moyen terme », conseille-t-il.

« Pour accélérer et soutenir une dynamique de croissance inclusive, les responsables politiques doivent continuer de donner la priorité aux investissements qui privilégient le capital humain, limitent les risques de mauvaise allocation des ressources de l’État et stimulent la productivité », explique Albert Zeufack, économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique. «Ils doivent, par ailleurs, se donner les moyens de gérer les nouveaux risques découlant de la modification de la composition des flux de capitaux et de la dette », poursuit-il.

Ce numéro d’"Africa’s Pulse" consacre un dossier spécial sur la baisse de la productivité du travail en Afrique subsaharienne et les moyens d’y remédier. « Les réformes devraient notamment englober des politiques qui encouragent les investissements dans des secteurs autres que celui des ressources, créent des emplois et améliorent le rendement des entreprises et des travailleurs », explique Cesar Calderon, économiste principal et auteur principal du rapport.