Les Assemblées annuelles de la BAD ont démarré ce mercredi 23 mai 2018, à Busan en Corée du Sud. L’évènement, très attendu, a enregistré la présence de nombreuses personnalités africaines et coréennes, toutes venues engager la discussion sur l’accélération de l’industrialisation de l’Afrique.

Dans son allocution donnée à l’occasion de l’ouverture officielle des Assemblées, Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement a tenu à réitérer l’engagement de la banque, mais aussi à rappeler les projets accomplis par la BAD pour soutenir le développement sur le continent.

« La BAD prévoit d’investir 35 milliards de dollars sur les dix prochaines années et axer son action sur l’industrialisation de l’Afrique. A travers sa stratégie pour industrialiser le continent, la banque espère aider l'Afrique à augmenter son PIB industriel d'un peu plus de 700 milliards de dollars aujourd'hui à plus de 1720 milliards de dollars d'ici 2030 », a commencé par souligner le président de la BAD.

"L’Afrique est bénie et grouille de ressources naturelles qui lui confèrent un potentiel énorme mais bien évidemment personne n’a juste besoin de potentiel. Ce qui ironique c’est que l’Afrique exporte de la matière premières et des produits non manufacturés, qui une fois transformés créent de la richesse dont elle ne profite pas. Les agriculteurs africains travaillent dur chaque année pour délivrer 75% de la production mondiale de cacao mais l’Afrique ne récolte que 5% des profits sur les 120 milliards de dollars réalisés par le marché du chocolat". a-t-il relevé.

Avant d'ajouter que "L’Afrique produit 50% de l’or mondial mais ne récolte que 4% des 300 milliards de dollars des revenus mondiaux du marché de l’or. Ce qui est clair c’est que les nations riches ajoutent de la valeur à leur production, les pauvres en revanche exportent seulement la matière brute et l’Afrique a besoin de s’industrialiser pour créer de la valeur ajoutée à partir de toute ce qu’elle produit, de l’agriculture, des minéraux, du pétrole et de toutes ses ressources. Nous devons élever le continent du bas vers le sommet des chaines de valeur mondiales ».

Akinwumi Adesina est également revenu sur la nécessité de réviser le système éducatif et de préparer la jeunesse africaine à affronter les challenges du futur « qui est déjà là » en leur offrant une formation axée sur les compétences. Une nécessité que la BAD soutient à travers des centres d’excellence implantés notamment au Nigéria, au Kenya et au Rwanda. « Des investissements de plus de 200 millions de dollars en packs technologiques ont été alloués à l’Ethiopie, au Cap vert et au Sénégal », a-t-il déclaré, soulignant l’importance du développement digital de l’Afrique et précisant que la BAD a lourdement investi dans la construction de backbones numériques à travers le continent.

Le président de la BAD a énuméré les priorités de la BAD dans le processus d’industrialisation de l’Afrique. « Nous aiderons à conduire l’industrialisation agricole, nous investirons dans la formation de compétences, nous continuerons à soutenir le secteur privé et en particulier les PME. La Banque continuera à soutenir le développement des marchés financiers pour approfondir l'accès au financement afin que les entreprises puissent se développer et prospérer sur le continent. Enfin la Banque travaillera avec des partenaires pour encourager la coopération Nord-Sud et Sud-Sud dans le développement industriel, en particulier dans les zones économiques spéciales », a-t-il révélé.

Sur le volet écologique de l’industrialisation menée en Afrique, M. Adesina a rappelé que la Banque africaine de développement est à la pointe des énergies renouvelables. « Quand j'ai été élu en tant que président il y a deux ans, la part de l'énergie renouvelable dans notre portefeuille total était juste de 14%. Nous l'avons augmenté à 74% en 2016. Et en 2017, nous avons octroyé 100% de nos nouveaux prêts dans le domaine des énergies renouvelables », a-t-il confié.

« La Banque africaine de développement fait tout ce qui est en son pouvoir pour aider à réaliser un avenir meilleur pour l'Afrique. Mais nous avons besoin de plus de fuel dans la voiture pour parcourir toute la distance. Vous pouvez être fier de votre banque ! L'année dernière, la Banque a atteint le plus haut déboursement dans son histoire depuis 1964, avec 7,4 milliards de dollars. Le résultat d’exploitation net de la Banque, qui avait diminué en 2014, a été renversé et a augmenté de 63% par rapport à 2016, atteignant un niveau record et l’impact de nos actions sur le terrain, en matière de développement, est impressionnant ! », a-t-il conclu, appelant les actionnaires à approuver l’augmentation du capital de la Banque.

Bilan 

« L’an dernier, la banque a connecté à l’électricité 4.4 millions de personnes. 8,5 millions de personnes ont bénéficié d'améliorations dans l'agriculture. 14 millions de personnes ont bénéficié d'un meilleur accès aux transports. 8,3 millions de personnes ont bénéficié d'un accès amélioré à l'eau et à l'assainissement et nous avons fourni à 210 000 entreprises un accès au financement. Avec plus de ressources, nous pouvons faire plus. Au cours des trois prochaines années, la BAD prévoit d'atteindre les objectifs suivants: 31,5 millions de personnes auront accès à l'électricité, 45,8 millions de personnes bénéficiant d'une agriculture améliorée, 50,3 millions d’un meilleur accès aux transports et 36,8 millions auront un meilleur accès à l'eau et à l'assainissement », a tenu à énoncer Akinwumi Adesina.

« Au début de cette décennie, le Time magazine et The economist ont utilisé la même expression, « Africa Rising », comme titre pour décrire le développement dynamique de l'Afrique dans les années 2000. La croissance dans la région au cours des 20 dernières années a été de 3% plus élevée que la période précédente et le rapport de pauvreté absolue a diminué de deux tiers de ce qu'il était il y a deux décennies », a déclaré, pour sa part, Kim Dong Yeon, président du conseil des gouverneurs, vice-premier ministre coréen et ministre de la Stratégie et des Finances.

« Malgré ces réalisations impressionnantes, le plein potentiel de l'Afrique n'a pas encore été atteint. La contribution de l'industrie au PIB est encore plus faible que dans d'autres parties du monde et les ressources naturelles représentent 70% des exportations de l'Afrique. L’industrialisation est nécessaire pour traduire l'énorme potentiel de l'Afrique en une prospérité économique réelle et considérant cette importance, il est très opportun pour la Banque africaine de développement de faire de l'industrialisation l’une des cinq priorités du Président Adesina », a-t-il poursuivi.

Kim Dong Yeon a ensuite énuméré ses suggestions pour industrialiser l’Afrique. Il a estimé qu’il est d’abord important de choisir une approche innovante, prenant en compte le contexte particulier et unique de chaque pays. Il a ensuite souligné la nécessité d’une croissance inclusive avec une répartition équitable des revenus. « Cela appelle à notre attention particulière, l’inégalité mine à la fois la durabilité et le potentiel de croissance. C'est d’ailleurs pourquoi le gouvernement coréen a commencé à changer son paradigme de politique économique pour se concentrer davantage sur les «personnes». A cette fin, le pays a fait du développement du capital humain, du renforcement de la sécurité sociale et de la mobilité, une priorité de sa politique », a confié le président du conseil des gouverneurs.

Kim Dong Yeon a enfin évoqué, le partenariat Corée-Afrique en matière d’infrastructure intelligente. « Une infrastructure intelligente permet une utilisation optimale des ressources et peut même remplacer l'infrastructure traditionnelle. L'Afrique produit déjà des résultats substantiels dans ce domaine. Le premier port-drone au monde sera construit au Rwanda pour fournir les nécessités de base aux personnes dans le besoin. En Tanzanie, 200 000 agriculteurs, qui ont adopté la technologie de la ferme intelligente, ont vu une augmentation de 30% de leur production de riz », a-t-il confié.

« La Corée a rejoint les efforts de l'Afrique depuis 2006 dans la construction d'infrastructures intelligentes à travers le financement du développement et le partage des connaissances. La Corée a financé un système d'enclenchement électronique ferroviaire (EIS) en Egypte et a soutenu le système de transport public intelligent du Kenya grâce au programme de partage des connaissances. La Corée est fortement engagée à partager, à l’avenir, sa riche expertise et son expérience en tant que partenaire proche de l'Afrique », a conclu le ministre, invitant les participants à découvrir et à profiter de l’hospitalité coréenne en visitant les sites merveilleux qu’offre la ville de Busan.