Le directeur général adjoint de la Communication à l’Agence nationale de la préservation de la nature (ANPN) du Gabon revient sur les enjeux de la préservation de l’environnement au Gabon et dans le monde, au moment où la COP 23 se tient à Bonn en Allemagne. 

Le Gabon est un précurseur de la protection de l’environnement en Afrique et dans le monde. Quel est l’enjeu de ces actions qui privent la population d’une partie de son territoire au profit de la planète ?

Il faut qu’on parte d’abord du principe que la problématique des changements climatiques est internationale. Elle touche la planète entière. Peut-être, faut-il aussi remonter aux origines. C’est-à-dire, la conférence qui a eu lieu en 1992 à Rio et au cours de laquelle on a signé la Convention des Nations unies sur les changements climatiques. Parce qu’on se rend bel et bien compte que la planète est en danger au regard de la diminution incessante non seulement des ressources, mais aussi au regard de la couche d’ozone qui effectivement est entamée. Donc, ce qui fait qu’il y a des conférences qui vont être organisées. On va arriver en 1997 avec le protocole de Kyoto qui indique un certain nombre de mesures à prendre dans le cadre de l’atténuation et de l’adaptation de cette problématique. D’autres ont eu lieu. Il y a eu Copenhague, Paris et dernièrement Marrakech. 

Le Gabon est un pays couvert à 88% de forêts. Il se trouve dans ce que l’on appelle le Bassin du Congo, le deuxième massif forestier au monde. Donc, notre pays a un rôle important dans l’adaptation et l’atténuation des changements climatiques parce que notre forêt capte du carbone. Pour dire plus simple, notre forêt transforme tout ce qui est pollution en oxygène. 

Depuis 2002, le Gabon a créé un réseau de 13 pars nationaux pour aller dans cette logique. Sur le plan international pour participer à cette problématique en matière d’atténuation et d’adaptation, mais également pour répondre à un certain nombre d’objectifs nationaux qui sont effectivement de développer l’économie sur la base de la forêt. Et n’oublions pas que depuis un moment on parle de l’après-pétrole. Donc la forêt, du moins l’environnement aujourd’hui est également considéré comme un moyen important en matière de développement économique. Dernièrement encore, on a créé des aires protégées marines et aujourd’hui le Gabon c’est pratiquement 25% du territoire qui sont transformés en aires protégées.

25% du territoire protégé, comment peut-on estimer l’impact sur l’économie ?

On ne peut peut-être pas vous donner les chiffres, mais on est dans un processus. Pour mettre une telle politique en place, ça demande des moyens. Notamment, en ce qui concerne les parcs nationaux, il a fallu que l’on mette d’abord en place tout le cadre juridique nécessaire à la gestion de ces espaces. Dans la valorisation de ces espaces à travers un certain nombre de domaines qu’il faudra développer comme le tourisme, un secteur important en matière de devises. C’est là l’un des objectifs du Gabon d’ici 2025.

Les populations s’en tirent ?

Les populations effectivement se plaignent. Ce qui peut paraître normal. Mais il faut que les communautés comprennent que c’est un processus. Le développement prend du temps parce qu’il faut trouver des moyens. Il faut mettre des stratégies en place. Il faut trouver des partenaires parce qu’il y a des domaines dans lesquels on est obligé de faire appel à l’expertise internationale. Donc, toutes ces questions nous les mettons en place pour atteindre les objectifs que le Gabon s’est fixé dans ce domaine.

Beaucoup pensent que ce sont plus les Occidentaux qui tirent profit de ce sacrifice des pays africains…

C’est effectivement difficile de ne pas laisser les gens penser ce qu’ils veulent. Mais la problématique environnementale ce n’est pas uniquement une affaire du Gabon, c’est une affaire de la communauté internationale. Parce que, ce phénomène, le dérèglement climatique qui a lieu dans en Australie par exemple, peut avoir des impacts au niveau du Gabon. Aujourd’hui, on parle de l’élévation du niveau de la mer. Mais, il faut se mettre à l’esprit que dans les 50 ou 100 prochaines années, il y a des villes dont le niveau de la mer est pratiquement du niveau de zéro, qui peuvent disparaitre. Et au niveau du Gabon, nous avons des exemples à l’image de Port-Gentil qui peut totalement disparaître de la carte du Gabon. Parce que justement dans le nord, avec les activités humaines qui ont un fort impact sur l’environnement, dont le niveau de la chaleur constitue le fondement même, ces zones où il y a des icebergs, sont aujourd’hui en train de fondre et c’est ce qui encourage l’élévation de la mer que l’on constate dans certaines zones.

Ne peut-on pas envisager des ouvrages autour des territoires menacés ?

Certainement. Au niveau des eaux, on peut mettre des digues. Vous avez connu le phénomène des cyclones dans certains pays. Ça veut dire qu’on est obligé de mettre des digues pour freiner. Mais, l’eau lorsqu’elle a décidé de passer à un endroit donné, il est pratiquement difficile de l’arrêter. Donc on peut effectivement mettre des ouvrages ou des outils mais à court ou à long terme, par rapport au phénomène dont il est question et dont il faut prendre garde, tout le monde doit mettre la main à la patte.

De Copenhague à Marrakech, le Gabon attend toujours des contributions des pays occidentaux…

Des discussions sont menées. Les gros pollueurs dont il est question, en l’occurrence les Etats-Unis et la Chine, doivent reconnaître leur responsabilité dans la situation que le monde connaît en matière de phénomène climatique. Les discussions sont menées pour que les accords qui ont été signés soient effectivement respectés. Mais, malheureusement avec le retrait des USA de l’Accord de Paris, ça requiert que d’autres négociations soient menées pour qu’on arrive à mettre en place toutes ces promesses qui ont été faites.

En allant à Bonn, qu’est-ce que le Gabon attend ?

En allant à Bonn, c’est déjà pour confirmer ce qui a été fait. On est sorti de Paris qui est plus ou moins considéré comme étant la Conférence qui a abouti à de meilleurs accords en matière de changement climatique. Donc à ce niveau il est question pour les pays africains de parler d’une même voix pour arriver à obtenir tout ce qui  a été promis. Il est important pour le Gabon, qui assure d’ailleurs la présidence de la CAHOSSC – l’instance africaine en matière d’environnement – discute de ces questions à la Cop23.