Le ministre de l’Agriculture, de l’élevage en charge du Programme Graine, fait le point des assises agricoles de Libreville, parle de la réforme du programme GRAINE et des actions engagées pour donner au producteur les moyens d’être au centre du secteur agricole.

Monsieur le ministre, comment vous sentez-vous au sortir des trois jours de travaux de Libreville?

Au sortir de ces trois jours de travaux sinon quatre jours, je me sens soulagé et libéré parce que, depuis que les très hautes autorités en l’occurrence, le président de la République et le Premier ministre, nous ont fait l’honneur, ma collègue et moi, en nous confiant le ministère de l’Agriculture, de l’élevage, chargé de la mise en œuvre du Programme Graine, il était question pour nous de savoir ce qui n’allait pas pour que l’agriculture reste le parent pauvre de l’économie. 

Et pour répondre à cette question, nous avons pensé qu’il fallait solliciter l’ensemble des acteurs du secteur à une discussion, à des échanges et se faire accompagner par des experts internationaux et sous-régionaux dans le domaine agricole, pour qu’ils apportent leurs contributions et leur partage d’expérience pour voir quelles sont les solutions possibles permettant de redynamiser l’agriculture, surtout quand on sait que le secteur de l’agriculture fait partie de ce que nous appelons, le secteur réel de l’économie.

Et lorsqu’on regarde le paysage économique mondial, les pays du G20 sont à la base des pays agricoles, les pays du G7 également. En regardant la crise qui frappe aujourd’hui notre pays, notamment la crise des matières premières en l’occurrence le pétrole, il était tout à fait indiqué pour le gouvernement, de trouver d’autres moteurs de croissance, sinon d’autres leviers capables de se substituer au manque à gagner du pétrole. Et parmi les secteurs réels, il y a l’agriculture.

Au sortir de ces assises, nous tirons les leçons ; nous pensons que désormais, nous disposons d’une orientation contenue déjà dans le plan de relance de l’économie mais surtout, présentée dans le plan stratégique Gabon émergent.

Après quatre jours de travaux, que fait-on au lendemain ?

Au lendemain, il faut aller dans l’action ; l’action c’est la mise en place d’un comité suivi des recommandations pour éviter d’aller dans ce que nous avons toujours connu, à savoir plusieurs foras dont les participants attendent souvent que les conclusions se mettent en place. L’avantage avec ces assises, c’est que les trois quarts des actions contenues dans les recommandations, sont déjà en partie mises en œuvre. Il y a juste nécessité d’accélérer ces actions pour commencer à donner des résultats. Dans les tous prochains jours, se tiendra une réunion de cabinet et des directions générales pour plancher sur le comité de suivi des assises.

Si un jeune gabonais veut demain se lancer dans l’agriculture, à quelle porte doit-il s’adresser?

La porte idoine est celle du ministère de l’Agriculture. C’est le ministère de l’Agriculture qui porte la politique publique pour garantir la sécurité agricole. Donc, si le jeune gabonais veut être agri-preneur, les portes sont ouvertes au ministère de l’Agriculture à travers les directions générales qui sont habilitées à l’encadrer et à l’accompagner dans son projet.

Pourquoi une commission de suivi pour les recommandations des assises? De qui se sera-t-elle composée ?

Nous pensons que pour garder le même élan, l’administration devrait s’approprier l’ensemble des recommandations et pour permettre aux ministres que nous sommes d’avoir un droit de regard sur ce qui se fait, nous avons pensé qu’il est nécessaire de mettre en place ce comité de suivi chargé de la mise en œuvre des recommandations. Dans ce comité, nous allons avoir tous les partenaires qui ont participé aux assises.

La FAO, le ministère et les autres composantes en tenant compte des missions de chacune des directions générales en charge d’implémenter plus ou moins les recommandations retenues, mais aussi la Sotrader qui est le véhicule qui porte et qui doit marquer le programme Graine. Tout cela, par souci de cohérence, de synergie parce que nous pensons que nous devons désormais avoir une vision structurante pour le développement du secteur agricole. Le ministère seul ne peut pas y arriver.

Donc pour permettre que l’ensemble des actions qui ont été arrêtées soient menées de manière cohérente, l’ensemble des acteurs doit être mis dans un consensus. Surtout que la mise en œuvre de certaines recommandations se fera au cas par cas après une analyse approfondie, pour éviter qu’il y ait des couacs. Car, nous voulons aussi que le secteur agricole soit un gisement d’emplois.

Le ministère ne crée pas les emplois ; juste amener le secteur privé en accompagnant la dynamique pour que cette création d’emplois se fasse. Le secrétariat général a besoin d’un renforcement de capacités ; la vulgarisation et l’accompagnement des agripreneurs qui doivent désormais échoir au secteur agricole, bien représenté à travers le territoire national, afin de faire de cette agriculture, le nouveau pétrole du Gabon.

Monsieur le ministre, est-ce que vous n’avez pas l’impression qu’on a fait beaucoup de fora, de symposiums, beaucoup d’assises, de salons… A quand l’action sur le terrain ?

L’agriculture c’est du réel. Je disais dans un entretien, lors que nous avons lancé la phase pilote des ‘’classes vertes’’ dans les écoles, le jour du lancement, les enfants avaient pensé que c’était un jeu. Mais, nous les avons accompagnés et encadrés à travers la phase pilote des classes vertes et nous avons semé. Trois semaines plus tard, nous sommes revenus sur le site et nous avons récolté. Ce qui voudrait dire que les fora, les symposiums sur l’agriculture et l’élevage ne sont pas des discours. C’est l’opérationnalisation du secteur à travers un ensemble d’actions qui doivent être menées de façon systématique.

Voici pourquoi nous pensons aujourd’hui que ce forum n’est pas un forum de trop. Il vient à point nommé au regard de la situation économique de notre pays. Mais surtout, il vise à ramener les compatriotes à prendre conscience que le retour à la terre est la solution pour le développement économique et social. Car l’ambition première est certes de garantir la sécurité alimentaire, mais garantir cette sécurité alimentaire, c’est produire localement pour que nous puissions avoir des produits vivriers, agroalimentaires capables de se substituer aux importations alimentaires. Produire ce n’est pas le discours, il faut planter.

On ne produit pas sans planter et pour planter, il faut aménager les zones agricoles. Il faut disposer des semences, il faut encadrer les planteurs pour qu’à la fin, ils exercent au mieux leur activité pour cette sécurité alimentaire. L’autre objectif consiste à trouver une issue aux rendements. A partir du fruit de son agriculture, le planteur doit savoir comment améliorer son bien-être. C’est un revenu qui doit être distribué à la différence qu’il est son propre employeur, il n’est pas salarié. Nous devons donc accompagner les exploitants agricoles à devenir eux-mêmes, leurs propres employeurs.

Un autre aspect qu’il faut intégrer c’est que si nous produisons en quantité nécessaire pour les besoins de consommation de ce pays, si avec la production nous pouvons assurer le bien-être et lutter effectivement contre la pauvreté et la malnutrition, et si nous produisons en quantité, on va dégager un excédent de production qui ne pourra pas être consommé localement.

Donc, on pourra ouvrir d’autres perspectives, aller vers d’autres marchés de la sous-région, vers les marchés internationaux ; ce qui aura un impact sur l’économie nationale à savoir, la baisse de manière considérable du déficit de la balance commerciale.

Lors de votre discours de clôture, vous avez annoncé quelques mesures fortes, notamment que l’essentiel de la production des coopératives leur revenait. Est-ce une mesure incitative ? Cette décision ne constitue pas le manque à gagner pour le partenaire privé du Programme Graine?

Nous pensons que c’est une mesure incitative. Le gouvernement a choisi un partenaire pour inciter les exploitants. En prenant cette décision aujourd’hui, c’est un moyen d’incitation pour qu’ils puissent disposer de ressources pour garantir leur autofinancement. A partir de cet instant, le fruit de leurs récoltes devrait leur permettre d’assurer les extensions dans les futures exploitations agricoles à développer.

C’est une bouffée d’oxygène car il faut analyser deux paramètres importants : non seulement, nous cédons les récoltes mais surtout, le premier agriculteur gabonais, le président de la République Ali Bongo Ondimba, a décidé de remettre la dette des coopératives. Donc, ces deux moyens conjugués constituent un matelas qui va leur permettre demain d’aménager de nouvelles plantations, d’avoir de la ressource pour pouvoir acquérir la semence, et cette fois, sans obligation de produire les mêmes spéculations. On libéralise en tenant compte des besoins du marché, en tenant compte des études pédologiques. Cette décision vient à point nommé pour accélérer le processus.

En devenant propriétaire, est-ce à dire que la subvention de 100 000 francs CFA que recevaient les coopératives s’arrête ? 

Nous pensons que l’agriculture est un secteur productif. Les coopératives qui sont dans le programme Graine ne sont pas employées de Graine. Elles sont préparées à devenir des PME agricoles. Le gouvernement, notamment le président de la République, avait pris l’engagement d’octroyer une subvention de 100 000Fcfa aux membres des coopératives pour les inciter jusqu’à la première récolte.

Aujourd’hui, nous pensons qu’après avoir annulé la dette, il n’est plus opportun de continuer avec la subvention parce qu’ils ne sont pas employés de Graine. Cette subvention n’était qu’une avance sur récoltes. C’est une avance qui était appelée à être remboursée jusqu’au moment où ils devaient commencer à vendre leur production.

Est-ce que le partenariat avec la Sotrader continue ?

Le partenariat avec Sotrader continue dans l’accompagnement technique et la commercialisation. Elle va continuer à appuyer dans l’aménagement, dans l’octroi des titres fonciers et même dans la transformation. Sauf que nous pensons qu’il fallait céder de manière exclusive, la production aux agri-preneurs. Il faut que les agri-preneurs produisent et participent à cette production.

Pour devenir des PME agricoles, elles doivent avoir l’orthodoxie de gestion, faire la différence entre son chiffre d’affaires et son gain, pouvoir réinvestir les marges dégagées, dans le développement de sa plantation.

Est-ce que les productions issues des premiers producteurs ont déjà été commercialisées ?

Une partie des récoltes a été commercialisée. Une autre attendait la définition du prix du marché. Car les contrats de départs disaient que toute la production des coopératives devrait être rachetée par la Sotrader qui se chargeait de la commercialisation. Aujourd’hui, nous pensons que pour l’accélération du programme Graine, avec le retour de terrain que nous avons des erreurs constatées, la Sotrader estime qu’il faut laisser l’agriculteur au cœur de son développement.

Ce qui commande que nous l’accompagnions et l’encadrions au niveau de la production et lui donner cette fois-ci, un appui sur la transformation qui donne plus de valeur ajoutée et évite les stockages, pour qu’un produit périssable comme la tomate, soit rapidement commercialisé question d’éviter d’atteindre les dates de péremption.

Monsieur le ministre, pouvez-vous nous parler des limites que la Sotrader a constatées sur le terrain ?

Au regard des ateliers qui ont été menés et du discours franc, parmi les limites, il y a déjà la structure des coopératives. La coopérative réuni un ensemble d’individus partageant l’ambition de pouvoir développer l’agriculture. Mais pour tout humain qui veut s’engager, il y a deux choses : la foi en lui-même, la volonté de faire ce en quoi il croit. C’est important. Et quand nous allons dans le secteur de l’agriculture, il faut que les membres de la coopérative puissent avoir la même passion, puissent avoir de la patience et puissent avoir de la persévérance.

Ce qui n’était pas toujours le cas vu la façon dont les coopératives avaient été créées. A l’épreuve des faits, il a été constaté que certains membres n’avaient pas la passion et ça réduisait l’efficacité de la coopérative. Une autre limite, le fait que les coopératives n’étaient pas à la base agricole. D’où la décision d’élargir le programme à tout le monde pour qu’ils bénéficient de l’encadrement nécessaire en termes de transformation, en termes de commercialisation et de logistique et stockage. L’autre aspect ce sont les techniques culturales. Transposer les techniques culturales de la Malaisie au Gabon a aussi connu un échec.

Monsieur le ministre, est-ce que la taille des coopératives elles-mêmes n’a pas constitué un facteur bloquant ?

Je dirai oui. Car, nous sommes un petit pays d’à peine 1 800 000 habitants. Vous ne pouvez pas aller avec des coopératives de 300 personnes. Ce n’est pas possible surtout avec le sous peuplement de nos villages dépourvus de bras valides pour la plupart. Il faut donc redimensionner les tailles de coopératives et les adapter aux conditions des populations de notre pays. D’où la décision d’ouvrir les coopératives aux personnes hors coopératives. Il n’est plus obligatoire d’avoir une coopérative. Mais, en tant qu’exploitants individuels, ils pourront être accompagnés et bénéficier de l’encadrement du programme Graine, à l’issu du retour de terrain et après avoir constaté la difficulté à avoir cette taille critique en termes de coopératives. Toujours est-il que même si tous les critères sont de mise, ils doivent réunir les 3 P. C’est-à-dire la passion, la persévérance-la patience, pour pouvoir faire le travail de la terre.

Quelles sont les différentes étapes du processus d’accélération du programme Graine ? Le « Graine nouveau ».

Après deux ans, nous avons fait un bilan d’étape du programme Graine. Celui-ci est reluisant mais nous pensons que l’ambition qu’a le gouvernement, c’est d’assurer la sécurité alimentaire. Ce qui revient donc à s’interroger sur la manière dont nous allons augmenter la production locale dans le vivrier et dans l’agroalimentaire. Or, à ce jour avec les 4 spéculations qu’a pris la Sotrader, nous n’avons pas encore garantis ou assurés la sécurité alimentaire.

Donc, il faut l’accélérer à partir de ces 4 types de produits : la tomate, la banane plantain, le piment et le manioc. Cette accélération passe par l’ouverture du programme aux coopératives existantes, aux autres coopératives et exploitants indépendants. Ce qui voudrait dire que l’ambition de la sécurité alimentaire peut-être atteinte en ouvrant le champ des acteurs. C’est cela la première phase. Nous pensons en second lieu que pour faire de l’agriculture le nouveau pétrole du Gabon, l’un des leviers importants c’est la diversification.