Avec une faible contribution au PIB gabonais, le secteur minier reste peu développé, malgré le potentiel. Actuellement, seul le minerai de manganèse est exploité de manière industrielle par la Compagnie minière de l’Ogooué (COMILOG), filiale du groupe français Eramet. L’exploitation de l’or est encore embryonnaire. Les gisements de fer, les réserves diamantifère, les quantités de métaux précieux et autres terres rares sont encore en phase d’études ou d’exploration.

C’est que, la destination Gabon ne séduit pas beaucoup les grands groupes internationaux en matière des mines. Le peu d’investissements directs étrangers explique en grande partie cette situation moins de 1% des IDE sur toute l’Afrique. Les pouvoirs publics, pour inverser la tendance, ont enclenché depuis quelques années des réformes qui tendent à rendre le secteur minier plus attractif. Avec pour objectif de le développer pour participe plus au relèvement de l’économie gabonaise et à la création de richesses. Dans cette interview exclusive, le ministre des Mines, Christian Magnagna, fait le point de la situation dans le secteur minier, ses enjeux, ses défis, ses perspectives et présente la stratégie du gouvernement en termes de développement du secteur.

Le secteur minier gabonais a été, jusqu’à un passé récent, présenté comme la relève du secteur pétrolier qui connaît un certain tassement depuis quelques années. Mais, il ne parvient toujours pas à décoller. Comment peut-on expliquer cela ?
Pour répondre à votre interrogation, je dirais que notre secteur minier, malgré le contexte économique actuel, continue son développement. L’activité de production de manganèse reste prépondérante. Or, ces derniers mois, elle s’est heurtée à l’évolution peu favorable des cours mondiaux. Raison pour laquelle, excepté les Majors (cas de Comilog), les acteurs de la filière manganèse, par exemple, n’ont pas pu mener à bien leurs opérations.

Ainsi, la production de manganèse a été réduite de près de 16% en 2016 par rapport à 2015, alors qu’une année plus tôt l’on enregistrait une variation haussière de 4%, passant de 3,984 millions de tonnes à 3,351 millions de tonnes. Face à la baisse des cours, certains acteurs ont dû cesser de produire, non pas parce qu’il leur manquait de la ressource. Mais simplement parce que les coûts de production ne leur permettait plus de rentabiliser leurs opérations. D’où la constitution de stocks relevée ici et là. C’est dire que le secteur minier reste très vulnérable et dépendant des chocs externes.

C’est pourquoi, la politique de développement prônée par le président de la République, chef de l’Etat, S.E. Ali Bongo Ondimba, qui consiste à transformer nos produits de base, trouve son intérêt. L’inauguration du Complexe Métallurgique de Moanda (C2M), le 12 juin 2015, marque le début des réformes engagées dans ce sens. D’autres initiatives du genre sont attendues de nos partenaires, que ce soit dans la filière du manganèse que dans celle de l’or, avec comme objectif : augmenter le poids du secteur minier dans le PIB.

Selon vos propres termes, le secteur minier contribue peu à la création des richesses. Quelle est la stratégie mise en place par le gouvernement pour booster ce secteur?
Pour être précis, la contribution du secteur minier au PIB national n’est que de 2,1%. C’est faible, comparativement à ce qui se fait dans un certain nombre de pays africains. C’est pourquoi nous avons élaboré une feuille de route qui se veut en phase avec la vision du Président de la République, Son Excellence Ali Bongo Ondimba. Cette feuille de route tourne, notamment, autour de la réforme législative et structurelle, de l’inventaire des ressources minières du pays, de l’augmentation de la production minière nationale, de la transformation locale de la ressource, de la bonification de la gouvernance du secteur minier, le développement de la filière aurifère et l’accroissement des ressources financières et techniques de la Société équatoriale des mines (SEM).
A travers ces mesures, nous voulons faire de notre pays une destination minière de premier rang pour les investissements directs étrangers (IDE), par l’attractivité du secteur, la simplification des procédures administratives et, bien entendu, la transparence dans le traitement des dossiers. L’objectif du Gouvernement est, ainsi, de relever le niveau de contribution du secteur minier au PIB national au-delà de 4%.

Permettez-moi, concernant la SEM, de préciser que c’est le bras séculier de l’Etat. Cette société a été créée pour répondre à deux objectifs: la détention et la gestion des participations de l’Etat dans les compagnies minières, et le développement de l’activité minière par la détention et l’exploitation de permis miniers.

Quels sont les principaux défis à relever pour le développement de ce secteur ?
Le Gabon possède l’atout majeur de disposer d’importantes ressources du sous-sol, lesquelles sont cependant peu valorisées. Aujourd’hui, plus que par le passé, le défi du Gouvernement est de mettre en valeur le potentiel minier gabonais afin d’augmenter sa contribution au PIB national, conformément au Plan stratégique Gabon émergent (PSGE). En fait, il est question de valoriser davantage notre patrimoine minier, afin qu’il joue un rôle plus déterminant dans la relance et la diversification de notre économie. Ainsi, la politique actuelle vise-t-elle à encourager la recherche minière et le développement de nouvelles mines. Le dispositif à mettre en place aura un meilleur impact avec la réalisation de projets d’infrastructures (transport et énergétique, notamment). Et comme annoncé plus haut, nous ne négligeons pas l’activité de transformation.

Vous avez eu, récemment, une séance de travail avec les experts du Fonds monétaire international (FMI). Quelle a été la teneur de vos échanges ?
J’ai, en effet, eu un échange avec une délégation du FMI, le 15 février dernier. Cet entretien s’inscrivait dans le cadre du Plan de relance économique (PRE) pour lequel le Gabon a sollicité l’assistance et l’accompagnement de l’institution de Bretton Woods, en raison de la conjoncture économique que subit notre pays, au même titre que les autres pays de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (Cemac). L’échange a porté, non seulement sur le mécanisme de production des ressources qui alimentent les caisses de l’Etat gabonais, mais aussi sur l’effort qui peut être consenti par le secteur minier dans le cadre de ce plan de relance de l’économie nationale. Comme je l’ai dit plus haut, la contribution du secteur minier au Produit intérieur brut (PIB) du pays est encore faible. Toutefois, les politiques initiées depuis quelques temps commencent à se matérialiser et devraient bientôt produire les résultats escomptés. Sur ce, les experts du FMI ont mesuré le rôle que le secteur minier gabonais peut, au regard de ses multiples opportunités, jouer pour générer davantage de ressources financières et élever son poids dans l’économie nationale.

Qu’en est-il aujourd’hui du gisement de fer de Belinga ainsi que celui de Maboumine ?
Belinga est un gisement de fer de classe mondiale dont le retour sur le marché avait été annoncé lors de la conférence internationale sur les mines de 2014, à Cape Town, en Afrique du Sud. En attendant cette phase, le Gouvernement a lancé une opération de revalorisation des ressources en fer. L’objectif est d’améliorer la connaissance sur ce gisement et de disposer de tous les éléments nécessaires pour sa promotion, en vue d’un développement futur, à la fin de l’année en cours. En ce qui concerne Maboumine, le Gouvernement est à la recherche de nouveaux partenaires pour la finalisation de ce projet polymétallique, qui se heurte à la validation de la technique de récupération et de valorisation des substances à extraire, du fait de la complexité du gisement.

Depuis quelques temps, on assiste à un regain d’intérêt des compagnies internationales pour le sous-sol gabonais. Ce signe est-il annonciateur du décollage tant attendu du secteur minier du pays ?
Face à la conjoncture économique qui perdure, le secteur minier gabonais est appelé à jouer un rôle plus accru dans l’économie nationale. Je puis vous rappeler qu’en 2015, notre pays n’a capté que 1% des investissements directs étrangers (IDE) mobilisés sur toute l’Afrique. Mais nous croyons en notre secteur minier, et l’intérêt de plus en plus manifesté par des investisseurs étrangers est un bon signe pour le Gabon et les produits de son sous-sol.

Pour finir, et concernant le développement du secteur et la mise en valeur des filières autres que celles déjà exploitées, je voudrais relever que nous avons l’ambition de nous faire connaître au monde non pas seulement comme le 2ème producteur mondial de manganèse mais aussi comme étant un pays producteur d’or, de diamant, de métaux précieux, de Terres rares, etc. Et nous y arriverons, grâce à notre feuille de route.