Une étude montre que ces pertes ont été enregistrées sur la période 2015-2017 au cours de laquelle une douzaine de pays du continent ont suspendu l’accès à l’internet pour des raisons socio-politiques. 

Selon le Centre international pour la promotion des Tic en Afrique orientale et australe (CIPESA), basé à Kampala en Ouganda, la facture des coupures d’accès à l’internet dans certains pays africains au sud du Sahara est lourde. Dans une enquête sur « L’impact économique des coupures d’internet en Afrique subsaharienne », présentée le 29 septembre 2017 à Johannesburg en marge du Forum sur la liberté d'accès à internet en Afrique (FIFAfrica 2017), cet organisme révèle que les coupures internet dans une douzaine de pays ont entrainé d’importantes pertes économiques chiffrées à 237 millions de dollars (environ 142 milliards FCFA) de 2015 à 2017. 

« Malgré les multiples avantages associés à l’accès à Internet et la contribution du secteur des TIC à la croissance du Pib en Afrique subsaharienne, depuis 2015, des perturbations de l’internet ont été déclenchées par les gouvernements dans au moins 12 pays de la région. (…). Les déconnections sont plus particulièrement fréquentes en périodes électorales, lors de manifestations et pendant les périodes d’examen », indique l’étude. 

L’Ethiopie, la République démocratique du Congo (RDC) et le Cameroun sont en tête des pays où les pertes ont été les plus lourdes. En Ethiopie, 36 jours d’interruption totale des réseaux et 7 jours de coupure des réseaux sociaux ont entrainé une perte de 132,1 millions de dollars, soit près de 79 milliards FCFA. La RDC a accusé un déficit de 46 millions de dollars (27,6 milliards FCFA) depuis les coupures d’internet en raison de la situation politique. Au Cameroun, la suspension des réseaux pendant 93 jours entre janvier et avril 2017 – la plus longue période sur le continent – a coûté environ 38,8 millions de dollars (23,2 milliards FCFA). 

Pour établir ces chiffres, l’étude du CIPESA a pris en compte plusieurs paramètres parmi lesquels l’impact direct de l’arrêt des activités de l’économie digitale et les conséquences indirectes notamment la perte de confiance des investisseurs ou les coûts supplémentaires pour l’ensemble des entreprises privées de télécommunications, ainsi que les frais payés pour contourner la censure. En plus des trois pays ci-dessus mentionnés, d’autres ont été scrutés durant la période concernée à l’instar du Gabon, du Tchad, de la Gambie, du Burundi, de la République centrafricaine, du Mali, du Niger et du Togo.

D’après le rapport du CIPESA, outre les désagréments financiers causés aux opérateurs par ces suspensions, le black-out sape la compétitivité des économies africaines. L’impact économique élevé affecte négativement les moyens de subsistance des citoyens, et troue la rentabilité des entreprises tout en réduisant le Pib et la compétitivité des pays qui les mettent en œuvre. Il faut noter que la contribution du secteur des Tic dans ces pays dans la création de la richesse est de 5% en moyenne. 

Et, « les pertes économiques causées par une perturbation de l’Internet persistent bien au-delà des jours d’arrêt de la fourniture car les perturbations du réseau perturbent les chaînes d’approvisionnement et ont des problèmes systémiques effets qui nuisent à l’efficacité de l’ensemble de l’économie. Les perturbations de l’internet, même si elles sont de courte durée, sapent la croissance économique, perturbent la prestation de services essentiels, érodent la confiance des entreprises et augmentent le profil de risque d’un pays », explique le rapport.

In fine, les auteurs de l'étude concluent « que ces pratiques ne constituent pas une réponse nécessaire et proportionnée aux situations face auxquelles elles sont utilisées », mais au contraire engendrent des répercussions négatives sur « la vie de leurs citoyens, le profit de leurs entreprises, le Pib et la compétitivité de leurs pays ». Des conclusions qui interpellent les dirigeants africains à plus d’un titre…