C’est ce qu’indique un rapport de l’agence de notation Standard & Poor's (S&P) publié le 4 décembre 2017. 

Passant les économies des pays de la zone franc enclines à une conjoncture particulièrement difficiles depuis près de trois ans, l’agence de notation américaine dresse le scenario d’une situation peu reluisante.

A propos de la zone CEMAC, S&P indique que cette sous-région, très dépendante des recettes pétrolières est exposée à des pressions importantes depuis la forte chute des cours pétroliers en 2014. En conséquence, les termes de l'échange se sont considérablement détériorés. Par ailleurs, entre 2013 et 2016, les déficits des transactions courantes et budgétaires sont respectivement passés de 1% à 9% et de 3% à 7%.

S’agissant des déficits des transactions courantes, elles ont été́ principalement financées par les réserves de change, qui sont passées de 9 900 milliards FCFA à 2 875 milliards FCFA, sur la même période.

Dans le même temps, le taux de couverture de l'émission monétaire – rapport entre les avoirs extérieurs de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) et ses engagements monétaires – est passé de 98% en juillet 2014 à 56% en juillet 2017, celui-ci restant cependant au-dessus du seuil minimal de 20% indiqué dans le cadre de l'arrangement avec le Trésor français.

Quant aux déficits budgétaires, ils ont été́ largement financés par les tirages sur leurs dépôts auprès de la BEAC, qui ont chuté́ de 3 500 milliards francs CFA à moins de 1 000 milliards entre 2013 et 2016.

Durant cette période, la BEAC a également accordé des avances statutaires, pour lesquels tous les pays ont atteint leur plafond, à l'exception du Cameroun. Et dans ce cadre, la soutenabilité des francs CFA est à nouveau mise en question, relève S&P dans son rapport.

Le spectre des incertitudes

L’incertitude sur l’avenir des deux unions monétaires africaines se nourrit de nombreux facteurs : convergence économique atone, chute des cours pétroliers, résurgence des débats sur la souveraineté des Etats au sein des unions monétaires, déséquilibres extérieurs et budgétaires, etc.

Dans ce contexte, S&P Global Rating examine les vulnérabilités de ces monnaies face à une éventuelle dévaluation, mais rappelle que cette hypothèse ne fait pas partie de son scénario central. De fait, la perspective associée aux notations souveraines des Etats de la zone franc est « stable ».

Dans l’hypothèse d’une dévaluation, les plus grandes économies de chaque zone verraient le poids de leur dette augmenter de manière significative.

Plus spécifiquement : l’analyse de S&P suggère des pressions plus élevées sur le franc CFA d’Afrique centrale que sur celui de l’Afrique de l’Ouest.

En Zone CEMAC : les programmes conclus récemment entre le FMI et la plupart des pays de la zone pourraient atténuer les déséquilibres extérieurs et budgétaires.

Dans la zone UEMOA, le dynamisme relatif de l’activité économique en Côte d’Ivoire et au Sénégal devrait contenir les pressions sur le taux de change.

La dévaluation, un scénario à éviter 

Dans l’hypothèse d’une dévaluation, l’agence de notation américaine indique par exemple que le Cameroun et le Gabon (CEMAC) ainsi que la Côte d’Ivoire et le Sénégal (UEMOA) verraient le poids de leur dette considérablement augmenter. Restant dans le cadre de cette hypothèse, des 14 pays composant ces deux zones monétaires, le Congo apparaît comme le plus vulnérable.

Et malgré ces tensions, S&P attribue une perspective stable aux pays de la zone franc qu’elle note, tout en indiquant que la dévaluation ne fait actuellement pas partie de son scénario central.