Plusieurs décisions portant réduction des montants des rémunérations et des effectifs ont été prises afin de réduire le train de vie de l’administration publique. Ce qui n’est pas sans créer des interrogations quant à leur efficience.

Lors du conseil des ministres présidé à Libreville le jeudi 21 juin 2018 par Ali Bongo Ondimba, l’on a annoncé plusieurs mesures concernant la réduction du train de vie de l’administration publique. Le gouvernement compte en effet appliquer, dans les jours ou semaines à venir, une décote de 15% du traitement de l’ensemble des institutionnels et autres autorités administratives, une décote de 10% sur les rémunérations des cabinets, qu’ils soient présidentiels, ministériels ou des différentes institutions administratives, et enfin une décote de 5% sur les autres fonctions administratives.

Outre ces décotes, il est annoncé la réduction des effectifs dans certaines structures de son administration : les cabinets du président de la République, du Premier ministre, des ministres et du secrétaire général du gouvernement.Dans la même lancée, les effectifs des cabinets des autres institutions et des autorités administratives indépendantes seront eux aussi réduits.

Les réductions des salaires et des effectifs ne sont pas les seules annoncées par le gouvernement gabonais. Ce dernier va étendre l’opération d'assainissement parmi le personnel de l'administration à travers d’autres décisions capitales : annulation des contrats des contractuels et des fonctionnaires de plus de 60 ans encore en exercice, mise à la retraite immédiate des agents absents depuis longtemps pour cause de maladie, examen des situations administratives, avancement et reclassement après 2015, examen des situations des agents publics en service dans les établissements publics et percevant une double rémunération, etc.

Il faut ajouter à cela l'audit de la masse salariale, l'interdiction de recrutement de la main d'œuvre non permanente, le gel des recrutements en qualité de contractuel hors statut des agents déjà à la retraite, le gel des concours, des mises en stage, des titularisations, avancement et reclassement pour une durée de trois ans et assainissement du fichier de titulaire de fonction pour évaluer le niveau des indemnités indues.

Le gouvernement, composé d’une quarantaine de membres, sera lui-même réduit dans quelques temps, puisque cela fait partie d’une des décisions du conseil des ministres. Le gouvernement gabonais justifie principalement ces importantes mesures par la nécessité d’assainir les finances publiques du pays. «La politique économique du gouvernement vise principalement l’équilibre des finances publiques, la croissance économique et l’amélioration du bien-être des populations (…) L’atteinte de ces objectifs commande la poursuite des efforts d’optimisation des recettes, de maîtrise des dépenses publiques, l’amélioration du cadre des affaires, de renforcement de la compétitivité des filières et d’amélioration de la qualité des services aux citoyens», indique-t-il.

Il faut également relever que ces décisions rentrent dans le cadre de l’application du Plan de relance de l’économie (PRE) soutenu par le Fonds monétaire international (FMI). Institution qui, du reste, a toujours demandé à l’Etat gabonais de réduire son train de vie pour rendre ses dépenses efficientes et plus efficaces, pour participer à impulser le développement du pays.

Avec une masse salariale au-delà de 700 milliards FCFA pour moins de 105 000 fonctionnaires, les charges devenaient trop lourdes pour l’Etat. Mais la pilule pourrait mal passer auprès des concernés et de l’opinion publique nationale. La première chose étant que la réduction des salaires des fonctionnaires et autres agents de l’Etat sera appliquée alors que le coût de la vie n’est à la tendance baissière. Indubitablement, le pouvoir d’achat de nombreux ménages gabonais va davantage s’amenuiser.

Par ailleurs, ces décisions font grandir davantage le spectre du chômage. La décision, par exemple, de geler les concours et les recrutements sur une durée de trois ans peut induire que de nombreux jeunes, actuellement en fin de formation, devront attendre trois ans avant de trouver un emploi, s’ils ne le trouvent pas dans un secteur privé qui est lui-même mal en point à cause de la conjoncture économique difficile. Quoi qu’il en soit, on devrait s’attendre à une aggravation du chômage.

Une autre préoccupation concerne l’efficience même des décotes. Au sein de la société civile, le doute d’une action efficace et bénéfique aux caisses de l’Etat reste bien ancré, quoique le porte-parole de la présidence, dans sa conférence de presse du 25 juin, ait indiqué une économie autour de 70 milliards dans le cadre de cette opération. Et alors que certains se demandent si certaines institutions particulièrement budgétivores seront effectivement concernées, d’autres estiment que le flou entretenu sur les rémunérations des responsables des structures concernées ne permettra pas de savoir exactement à quoi correspondent ces décotes. Des précisions que le gouvernement devra immanquablement apporter aux citoyens au fur et à mesure…