Invité à donner son point de vue sur la gouvernance du président français, Emmanuel Macron en Afrique un an après son accession au pouvoir, Jean-Michel Sévérino, l’ancien Directeur général de l’Agence française de développement, a également donné son avis sur tous les discours qui se tiennent aujourd'hui autour du FCFA, sur les antennes de nos confères de RFI.

Amené à réagir sur les propos du ministre de l’Economie et des finances français, Bruno Le Maire, le 16 avril dernier, à propos de son ouverture à des discussions sur le franc CFA, notamment sur le nom de cette monnaie, sur son élargissement et sur le système de dépôt des avoirs, Jean-Michel Sévérino a émis l’idée d’un FCFA plus contextuel c'est-à-dire adapté à son époque. «Le franc CFA, a eu des réformes successives, mais il n’a pas bougé dans ses fondements depuis maintenant extrêmement longtemps. Il faut l’adapter au temps qui change», a-t-il indiqué. 

Selon lui, au contraire, cette devise commune entre les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale est très importante en termes de développement. «Elle leur rapporte des avantages comparatifs significatifs, et est importante pour elles. Mais il est important aussi que cette devise soit davantage africanisée, qu’elle soit moins perçue comme la devise de l’ancien colonisateur, ce qu’elle n’est pas ! C’est pour cela que je trouve, à titre personnel, qu’africaniser cette dénomination, poursuivre l’entreprise d’appropriation et d’africanisation de sa gouvernance qui est engagée maintenant par étapes depuis trente ans  est très important. Mais je trouve que ce serait un véritable retour en arrière s’il y avait une désagrégation de ces unions monétaires», a-t-il relevé.

A propos du système de dépôt de 50% des réserves de change auprès du Trésor français, Jean-Michel Sévérino a fait savoir qu’à titre personnel, « qu'il pensait qu’il est raisonnable d’avoir des assouplissements. Le dépôt de tout ou partie des réserves de change dans un compte sécurisé, c’est une contrepartie légitime à la garantie de parité, et à la garantie de convertibilité qui est octroyée par le Trésor français. Maintenant, la question de la quotité de dépôt peut se discuter. Il n’y a pas de pourcentage magique ou scientifique qui peut être calculé. Donc ces 50% certainement ont des  paramètres techniques sur lesquels les discussions entre les Etats de la zone et de la France peuvent bouger».

Au sujet de la création d’une future monnaie qui anime les chaumières en Afrique, et qui voudrait qu’elle ne soit plus fixée à l’euro, mais à plusieurs grandes devises internationales, comme le dollar ou le yen, l’ancien patron a indiqué qu’il y avait des avantages et des inconvénients à cette formule. Mais de son point de vue, ce qui paraît fondamental à propos du franc CFA, c’est que l’Union monétaire ouest-africaine d’un côté et l’Union monétaire d’Afrique centrale de l’autre conservent leur devise commune. Au fond, c’est cela le sujet principal. 

«C’est ce qui est un instrument d’intégration économique et de stabilité particulièrement puissant. Avec toutes les autres formules de fixation de taux de change, qui ont leurs avantages et leurs inconvénients, ou avec la formule actuelle, ou avec toutes les autres que l’on peut imaginer. Donc on est plus dans le domaine à mon sens du politique et du symbolique que du véritable impact économique», a-t-il conclu.