C’est le constat qui se dégage, à la faveur de l’atelier national d’échange sur la lutte contre la criminalité faunique et le trafic illicite des produits forestiers qui se tient actuellement à Libreville.

Les 7 et 8 juin 2017, les experts venus principalement du Gabon, du Congo-Brazzaville, de la RD Congo et du Cameroun, tous des pays membres de la Conférence des ministres en charge des Forêts d'Afrique centrale(COMIFAC), se sont penché sur la problématique du renforcement et de la densification de la lutte contre la criminalité et le trafic illicite des produits forestiers. Atelier d’échanges et de formation organisé par le bureau Africa twix, cette rencontre témoigne de la volonté des pays de la COMIFAC de gérer de manière durable les ressources naturelles fauniques de la sous-région.

L’état des lieux du commerce illégal des espèces menacées et en danger montre que les organisations criminelles en Afrique centrale ont généré chaque année des centaines de milliards de francs CFA, selon Athanase Nthanga Oyougou, secrétaire général du ministère des Eaux et forêts du Gabon. La forte demande des produits d’animaux terrestres aiguise l’appétit des réseaux criminels transnationaux. Une situation qui trouve un terreau fertile dans cette région à cause des difficultés de mise en application des lois et des textes.

Face au fléau, les pays de la COMIFAC ont entrepris de coordonner leurs stratégies de lutte, afin de contenir les effets connexes de la criminalité et le trafic illicite des produits forestiers qui pourraient ouvrir la porte à des crimes multiformes transnationaux, tels que le blanchiment d’argent, le trafic d’armes et de stupéfiants.

« Pour l’heure, il faut avouer que le commerce illicite de l’ivoire et d’autres variétés de produits forestiers ont pris des proportions alarmantes dans les forêts du bassin du Congo au point où ces espèces pourraient très vite être en voie d’extinction », a indiqué Athanase Nthanga Oyougou, secrétaire général du ministère de l’Economie forestière.

Pour lutter contre la criminalité et le trafic illicite des espèces protégées, les pays de la COMIFAC ont déjà élaboré des législations et entrepris des mesures courageuses, même si leur application n’est pas toujours efficace. En juin 2012, par exemple, ils ont adopté un plan d’action pour le renforcement des législations allant de 2012 à 2017.

Dans ce cadre, le Gabon a soutenu plusieurs autres initiatives sous régionales et internationales allant dans ce sens. Il s’agit par exemple de l’adoption, en avril 2015, par la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), d’un plan d’urgence de lutte contre le braconnage. On fait également état de la signature, sous l’impulsion de la COMIFAC, de deux accords de lutte anti-braconnage transfrontalière entre le Cameroun, la RCA, et le Tchad d’une part, et entre le Cameroun, le Congo et le Gabon, d’autre part en novembre 2013, à Ndjamena.

Deuxième réservoir du monde en biodiversité, les pays du bassin du Congo, organisent ces deux dernières années de régulières opérations coups de poing et des patrouilles dans les aires protégées et frontalières. Ils encouragent la collaboration entre les différentes administrations forestières, la police, la gendarmerie, la douane, la justice et les réseaux transfrontaliers de coopération comme Interpol.

Marthe Mapangou, directrice du WWF et François Abessolo, coordonnateur projet Africa Twix, conviennent qu’il y a péril en la demeure. Les faibles échanges d’informations sur le commerce illicite des produits de la faune ont pousséTrafic (the wildlife trade monitoring network), WWF et d’autres partenaires des pays de la COMIFAC à développer le projet Africa Twix (Trade in wildlife information exchange), qui lutte contre le commerce illégal de la faune et de la flore.

Le projet Africa Twix est une plateforme qui devrait faciliter la transmission d’informations et la coopération nationale et sous-régionale contre les trafics multiformes des espèces animales et florales. En outre elle devra faciliter l’échange d’information et la coopération entre les administrations chargées d’appliquer les lois sur la question au Congo, en RD Congo, en RCA et au Gabon.