Le patron de l’agriculture gabonaise va saisir cette tribune pour décliner la politique agricole implémentée dans son pays. 

Depuis le 4 août 2017, se tiennent à Abidjan (Côte d’Ivoire) les travaux de la 7e édition du Forum pour la révolution verte en Afrique (AGRF2017) sous le thème « Accélérer la marche de l’Afrique vers la prospérité : contribuer à la croissance d'économies inclusives et à la création d'emplois à travers l'agriculture ». Le Gabon, pays en devenir agricole, y est représenté par une délégation conduite par le ministre de l’Agriculture, de l’élevage, chargé de la mise en œuvre du programme Graine.

Au cours de ce rendez-vous continental axé Yves Fernand Manfoumbi devrait saisir l’opportunité de parler du dynamisme en cours dans le secteur agricole au Gabon, ainsi que les besoins exprimés pour réellement faire de l’agriculture un secteur réel de l’économie, vecteur de richesses et de croissance.

Avec un énorme potentiel de terres arables (5,2 millions d’hectares) et un climat propice à l’activité agricole (pluviométrie annuelle de 1450 à 4 000 mm), le Gabon présente d’importants atouts naturels pour le développement de la production agricole. Pour l’heure, celle-ci ne contribue que marginalement à la croissance (3,8% du PIB). La dépendance du Gabon vis-à-vis de l’extérieur en denrées alimentaires est aujourd’hui une préoccupation majeure.

Pour inverser cette tendance, L’Etat a développé une réflexion stratégique dans le cadre du Plan stratégique Gabon émergent (PSGE), dont un des piliers est le « Gabon Vert ». Les différentes coopérations, financées par les bailleurs de fonds, ont permis de développer ces dernières années certains pans d’activité agricole. L’arrivée d’investisseurs asiatiques sur des créneaux spéculatifs (huile de palme et hévéa) a permis de dynamiser le secteur.

Il est désormais question de faire un effort remarquable pour tirer la croissance, favoriser le processus de diversification de l’économie, et générer des emplois. Cette vision globale du secteur consiste également à voir comment les partenaires qui veulent accompagner le gouvernement, peuvent s’intégrer dans les différentes actions retenues pour faire de l’agriculture le « Nouveau pétrole du Gabon ».

Lesquelles actions s’expriment en termes de garantie de la sécurité alimentaire grâce à la production locale en fonction des besoins et des habitudes alimentaires des Gabonais, la valorisation du potentiel agricole dont 96% d’hectares sont encore non utilisés.

L’objectif est d’augmenter les surfaces à exploiter et de valoriser les filières pour « aider un tant soit peu à équilibrer la balance financière ». Ceci, sur la base de quatre types de produits : les fruits et légumes, les céréales et le poisson. De même, le développement des filières à fort potentiel en termes d’exportation au nombre desquels le palmier à huile, l’hévéa, le café, le cacao en vue de générer des revenus considérables.

Vision stratégique 

Pour ce faire, le ministre de l’Agriculture a conçu une vision stratégique du secteur qui repose sur trois leviers : la gouvernance en termes de rationalisation, la création d’une direction générale de la sécurité alimentaire, d’une agence de régulation agricole ainsi qu’un guichet unique sectoriel pour simplifier les procédures aux investisseurs du secteur et leur donner l’opportunité de commencer leurs activités le plus tôt possible.

Cette vision concerne également la mise en place d’un cadre réglementaire pour la finalisation du Plan national d’affectation des terres (PNAT), la promotion de l’accès au foncier afin d’attirer des investissements directs étrangers (IDE), la création des zones franches agricoles.

A cela s’ajoutent la promotion de la transformation et la valorisation locale des produits comme l’huile de palme, la tomate, le plantain ou le manioc, pour répondre à l’« ambition de produire du biocarburant au niveau local », ainsi que la création d’un Fonds agricole pour favoriser le retour à la terre et arriver à une agriculture de subsistance à faible revenus. Un domaine dans lequel certains partenaires comptent bien apporter leur appui.

Le programme Gabon des réalisations agricoles et des initiatives des nationaux engagés (Graine) , avec le concours d’un investisseur privé, d’une part, et le Plan national d’investissement agricole et de sécurité alimentaire et nutritionnelle (PNIASAN) adopté en 2015, d’autre part, constituent également deux principaux volets de cette nouvelle politique agricole.

Le PRODIAG est un projet qui s’intègre également dans cette vision. Il est financé à hauteur de 20% par l’Etat gabonais et 80% par l’AFD sous forme de prêt. Sa mise en œuvre est assurée par l’IGAD dans les neuf provinces du pays et vise 4 types de secteur : maraichage, vivrier (banane plantain, manioc), élevage et transformation de produits alimentaires (manioc principalement). Les cibles du projet sont des petits et moyens producteurs agricoles qui s’inscrivent dans une logique entrepreneuriale avec une attention particulière pour les femmes et les jeunes.

Quid l’AGRF 2017 ?

Cette rencontre, qui prendra fin le 8 septembre 2017, a pour double objectif de favoriser, d’une part, le brassage au sein d’un large spectre d’acteurs de l’agriculture africaine et, d’autre part, de servir de plateforme d’évaluation des avancées réalisées dans le secteur.

Pour la première fois qu’un tel forum se tient dans un pays francophone, l’AGRF va rassembler les principaux protagonistes de l’agriculture, les politiques, les économistes, les bailleurs de fonds, les partenaires au développement, les entreprises agroalimentaires privées, institutions financières et représentants de la société civile autour du thème.

Avec sa thématique, le forum entend mettre en lumière la nécessité de booster le soutien à l’agriculture pour tirer le meilleur parti des opportunités qu’elle offre en matière de développement économique et de génération d’emplois et consolider les engagements obtenus de la précédente édition tenue à Nairobi (Kenya) du 5 au 9 septembre 2016.

Pour mémoire, l’AGRF a été créée en 2010 dans la foulée des Conférences sur la révolution verte en Afrique (AGRC) ayant eu lieu à Oslo en Norvège de 2006 à 2008. Ce forum est organisé par l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) et bénéficie du soutien de nombreuses organisations et institutions dont la Banque africaine de développement (BAD), le Fonds international pour le développement agricole (IFAD) et l’Office chérifien du phosphate (OCP/Afrique).