Le projet minier polymétallique Maboumine, conduit par Eramet près de la ville de Lambaréné à l’ouest du Gabon, n’est plus qu’à quelques pas de la reprise. Mis en stand-by en 2015 suite à la décision du groupe français de suspendre tous ses grands projets, le gisement pourrait être relancé par China Molybdenum, via sa filiale CMOC International. 

Eramet l’avait annoncé, le projet minier de niobium et de terres rares Maboumine pourrait reprendre d’ici quelques mois, voire quelques semaines, "sous l’impulsion d’un nouveau partenaire". Le chinois CMOC International, filiale à 100% de China Molybdenum, a rencontré les autorités gabonaises en vue d'une reprise potentielle. Une délégation du groupe s’est en effet entretenue fin mai avec le ministre gabonais des Mines et a confirmé, à l’occasion de cette réunion de travail, vouloir reprendre le projet.

Un entretien qui a donné lieu selon le ministère à la présentation d’un "rapport sur l’évolution des discussions entre Eramet et CMOC" ainsi qu’à un "échange sur les attentes des deux parties pour la concrétisation du projet minier".

Un intérêt logique au regard de la stratégie du groupe chinois, puisque CMOC International avait déjà acquis fin 2016 les activités d’Anglo American au Brésil - premier pays producteur, quasi monopolistique - dans le niobium et les phosphates pour 1,5 milliard de dollars (1,3 milliard d'euros). Le 20 juin, c’était au tour de la PDG d’Eramet, Christel Bories, de se rendre au ministère. "L’échange a été productif, en ce sens que le groupe Eramet ambitionne de poursuivre et de dynamiser son partenariat avec l’État Gabonais…", a-t-elle déclaré, précisant que les discussions étaient bien avancées avec un partenaire potentiel - sans toutefois le citer - qui pourrait reprendre le développement et l’exploitation de Maboumine.

Un projet victime de la crise du nickel

En 2015, fortement pénalisé par la baisse des cours du nickel et du manganèse de l’époque, Eramet avait décidé de suspendre tous ses grands projets, dont ce gisement conduit par sa filiale gabonaise Comilog, qui en détient 76%, le reste appartenant à l’État gabonais. Le groupe a investi depuis 2005 environ 200 millions d’euros pour le développer. Pour redémarrer Maboumine et mener le processus de discussion avec de nouveaux associés potentiels, le minier a alors engagé une banque d’affaires, la Crédit agricole Corporate and Investment Bank.

Eramet a plutôt vocation à abandonner le leadership, en poursuivant sa participation au projet ou en s’en désengageant totalement à terme, l’objectif étant surtout la réussite de ce projet notamment vis-à-vis de son partenaire gabonais, important pour le groupe. Comilog, détenu par Eramet à 63,7%, par l’État gabonais à 28,9% et par plusieurs autres actionnaires, a en effet enregistré une production record historique de minerai de manganèse en 2017 dans le pays (à 4,1 millions de tonnes). Il prévoit une augmentation de la production de plus de 30% via le transfert des activités d'extraction du site actuel, en fin de vie, vers celui de Moanda, toujours au Gabon, qui permettra d’assurer "encore plusieurs décennies d’exploitation du minerai de manganèse". Un transfert progressif des installations est prévu dès 2020.

Un objectif fixé à 5000 tonnes par an

Concernant Maboumine, le scénario de production présenté aux futurs partenaires s’élève à 5 000 tonnes par an, un chiffre qui pourrait monter jusqu’à 10 000 tonnes, selon les risques du marché et les investissements injectés. Si ce schéma de développement propose d’abord une valorisation du niobium et des phosphates, le gisement contient également des quantités importantes de scandium, de tantale et d'uranium qui pourraient être récupérées en tant que sous-produits et représenter une source supplémentaire de revenus par la suite.

La production de niobium, au taux de recyclage et aux possibilités de substitution faibles, pourrait croître globalement de 7% par an jusqu’en 2021, selon le rapport Cyclope 2018. Ce métal est produit par le Brésil à 89% et considéré comme critique par l’Union européenne. Les terres rares sont de leur côté produites quasi exclusivement par la Chine, à 95%. "Dans ce contexte, l'émergence de nouveaux fournisseurs, tels que Maboumine, serait perçue comme une bonne opportunité de diversifier et sécuriser la chaîne d’approvisionnement pour les utilisateurs finaux concernés", expliquait Eric Tizon, directeur du développement du projet Maboumine, en juillet 2016. Sauf si entre temps, ce projet devient chinois...